Wall Street sanctionne les géants de la tech : l’IA coûte cher, les investisseurs réclament des résultats

Alphabet, Amazon, Intel et ServiceNow subissent une forte pression à Wall Street. Les dépenses massives dans l’IA et les perspectives de croissance inquiètent.

Près de 500 milliards de dollars de capitalisation envolés pour Alphabet en une seule séance, une chute historique pour ServiceNow et de nouvelles sanctions boursières après les résultats d'Amazon et d'Intel. Le jeudi 29 octobre 2026 a marqué un brusque retour des interrogations sur la rentabilité des investissements dans l'intelligence artificielle. Le Nasdaq a terminé en baisse d'environ 1,4 %, tandis que le S&P 500 a cédé 0,3 %. Derrière ces mouvements, une même exigence se dessine : les entreprises technologiques doivent désormais démontrer que leurs dépenses considérables dans l'IA peuvent se traduire par une croissance durable et des liquidités suffisantes.

La correction ne touche pourtant pas uniformément le marché américain. Selon le compte rendu de séance de l'Associated Press, près de quatre valeurs sur cinq du S&P 500 ont progressé ce jeudi. La baisse des grands indices reflète donc surtout le poids considérable de quelques entreprises technologiques dans leur composition. Alphabet perd 12,6 % malgré l'explosion de Google Cloud

La sanction la plus spectaculaire concerne la maison mère de Google. Après la publication de ses résultats du troisième trimestre, Alphabet a chuté de 12,6 % en Bourse, effaçant environ 500 milliards de dollars de capitalisation.

Son chiffre d'affaires atteint pourtant 127,6 milliards de dollars, en progression de 25 % sur un an. Le groupe affiche également un bénéfice opérationnel en hausse de 30 %. Mais ces résultats restent inférieurs à certaines attentes du marché, particulièrement dans la publicité et la recherche.

Les revenus de Google Search & other progressent de 12 %, contre 17 % au trimestre précédent. Cette décélération intervient alors que les fonctionnalités de recherche générative, notamment AI Overviews et AI Mode, modifient progressivement la présentation des résultats et les parcours des internautes.

Il serait toutefois prématuré d'attribuer l'ensemble du ralentissement publicitaire à une cannibalisation par l'IA. Alphabet affirme, au contraire, que ses investissements contribuent à augmenter le nombre de recherches, y compris commerciales. La question porte sur la capacité du groupe à conserver ses performances publicitaires pendant cette transformation.

Le contraste avec Google Cloud est saisissant. Ses revenus ont plus que doublé pour atteindre 30,7 milliards de dollars, soit une progression de 103 % sur un an. L'activité bénéficie de la demande en infrastructures d'IA, en services cloud et en processeurs TPU développés par Google.

Cette croissance ne suffit pourtant pas à rassurer les investisseurs. Les dépenses d'investissement du trimestre atteignent environ 51,4 milliards de dollars et le flux de trésorerie disponible devient négatif, à hauteur de 9,1 milliards de dollars. Alphabet prévoit par ailleurs des dépenses annuelles comprises entre 195 et 205 milliards de dollars en 2026, avec une nouvelle augmentation attendue en 2027.

Le marché reconnaît donc la puissance commerciale du cloud, mais s'interroge sur le rythme auquel ces investissements pourront être rentabilisés. Amazon : AWS accélère, la trésorerie se dégrade

La publication des résultats trimestriels d'Amazon prolonge les inquiétudes après la clôture de jeudi. Le groupe affiche 201,9 milliards de dollars de revenus, soit une croissance de 12 %, et un bénéfice net de 20,7 milliards de dollars, correspondant à 1,89 dollar par action diluée.

Le principal moteur reste AWS. L'activité cloud progresse de 39,3 % sur un an, atteignant 46 milliards de dollars de chiffre d'affaires trimestriel. Il s'agit de sa croissance la plus rapide depuis près de cinq ans, pour un rythme de revenus annualisé de 184 milliards de dollars.

Andy Jassy, directeur général d'Amazon, anticipe même une croissance supérieure à 40 % pour AWS en 2027 et en 2028. Cette projection traduit la confiance du groupe dans la demande à long terme pour ses infrastructures d'IA.

Le financement de cette expansion constitue néanmoins un sujet sensible. Sur les douze derniers mois, Amazon déclare un flux de trésorerie opérationnel positif de 168,3 milliards de dollars, mais son flux de trésorerie disponible ressort à moins 42,4 milliards. L'écart reflète principalement l'augmentation considérable des achats d'équipements et d'infrastructures, largement destinés à l'intelligence artificielle.

Pour le quatrième trimestre, Amazon prévoit entre 240 et 247 milliards de dollars de revenus. Le milieu de cette fourchette reste légèrement inférieur aux attentes évoquées par les analystes.

Après un recul de 4,25 % pendant la séance régulière, l'action a encore perdu environ 7 % dans les échanges suivant la publication, selon les premières cotations rapportées. Ces mouvements hors séance ne constituent pas un cours de clôture définitif. Intel : un trimestre solide, mais des prévisions qui inquiètent

La situation d'Intel illustre une autre forme de décalage entre les résultats publiés et les attentes des investisseurs.

Le fabricant de semi-conducteurs annonce un chiffre d'affaires trimestriel de 16,5 milliards de dollars, en progression de 21 % sur un an. Son bénéfice ajusté atteint 0,52 dollar par action, supérieur aux estimations de marché.

L'activité Data Center and AI affiche une croissance remarquable de 78 %, à 7,3 milliards de dollars. En revanche, les revenus de la division Client Computing and Physical AI, liée notamment aux ordinateurs personnels, reculent de 5 % à 8,1 milliards.

C'est surtout la prévision du quatrième trimestre qui déclenche une réaction négative. Intel anticipe entre 15 et 16 milliards de dollars de revenus, une marge brute ajustée de 38 % et un bénéfice ajusté de 0,25 dollar par action. Des perspectives inférieures aux estimations des analystes, alors que le marché des PC reste affecté par des contraintes d'approvisionnement et des incertitudes sur la demande.

Après une baisse d'environ 3,6 % pendant la séance, le titre a plongé de plus de 20 % dans les échanges après Bourse. Les investisseurs semblent ainsi accorder