Voyager veut devenir le Codex du travail créatif

Voyager permet à des modèles comme Claude ou ChatGPT de piloter Photoshop, After Effects ou Blender. Une nouvelle approche de la production créative.

L’équipe derrière Moda présente Voyager, un environnement agentique conçu pour le travail créatif plutôt que pour le développement logiciel. Le principe rappelle les harnesses utilisés autour de Claude Code ou Codex : un modèle reçoit des outils, de la mémoire, des fichiers et un environnement dans lequel agir. Voyager applique cette logique à la vidéo, au design, au son, à la 3D et aux jeux.

L’objectif est de permettre à des modèles comme Claude, ChatGPT, Kimi ou DeepSeek de ne plus seulement expliquer comment réaliser une tâche créative, mais d’intervenir directement dans les logiciels concernés. Voyager peut travailler avec ses propres moteurs intégrés ou piloter des applications déjà installées comme Photoshop, Illustrator, After Effects, Premiere Pro, DaVinci Resolve, Final Cut Pro, Blender, Unity ou Ableton Live.

Le positionnement est assez clair : là où les premiers harnesses agentiques ont surtout été construits pour écrire du code, Voyager tente de construire l’équivalent pour fabriquer un montage, une animation, une composition musicale ou une scène 3D. Un harness plutôt qu’un nouveau modèle

Voyager n’est pas un modèle génératif.

La plateforme agit comme une couche d’orchestration autour de modèles existants. Elle leur fournit un ensemble d’outils, de compétences spécialisées, une mémoire et la possibilité d’observer ou modifier des projets créatifs.

Dans sa documentation, l’équipe définit un agent harness comme le logiciel qui entoure un modèle et lui donne accès aux fichiers, outils et contexte nécessaires pour agir. Claude Code et Codex sont cités comme exemples orientés programmation. Voyager reprend ce principe avec des compétences consacrées au montage, au design, au motion design, à l’audio et à la génération visuelle.

Le modèle utilisé peut donc changer selon la tâche ou les préférences de l’utilisateur. Voyager fonctionne notamment avec les connexions Claude et ChatGPT existantes ainsi qu’avec différentes API externes.

Cette architecture permet aussi d’utiliser plusieurs modèles au sein d’un même projet. Un agent peut par exemple travailler sur le storyboard, solliciter ensuite un modèle vidéo comme Seedance, H3 Max ou Veo, puis utiliser un logiciel de montage pour assembler ou corriger les résultats. Voyager pilote directement les logiciels créatifs

La partie la plus intéressante techniquement concerne la manière dont Voyager communique avec les logiciels existants.

L’équipe privilégie les interfaces de scripting natives lorsqu’elles existent : scripts Photoshop, scripts After Effects et Illustrator, API de DaVinci Resolve ou pont local pour Premiere Pro. Lorsque certaines commandes ne sont pas exposées par ces interfaces, l’agent peut compléter son action par du contrôle direct de l’application, sous réserve des autorisations accordées sur macOS.

Le principe diffère donc d’un simple chatbot connaissant la documentation d’un logiciel.

Voyager peut ouvrir un projet, modifier des éléments, appliquer des réglages puis laisser derrière lui un fichier standard toujours éditable dans l’application d’origine.

Pour Blender, l’équipe explique par exemple combiner des compétences indiquant à l’agent quelles opérations effectuer avec des outils capables d’exécuter ces actions sur la scène locale. L’agent peut construire une scène, lancer un rendu ou générer des previews sans remplacer le fichier Blender existant.

Dans After Effects, cette approche repose notamment sur les possibilités offertes par ExtendScript et les différents ponts disponibles autour de l’application. Trois moteurs intégrés pour travailler sans Adobe ou Ableton

Voyager ne dépend cependant pas entièrement des logiciels tiers.

L’application comprend trois moteurs maison : Voyager Design, Voyager Video et Voyager DAW. Ils sont intégrés gratuitement à l’application et fonctionnent localement, sans watermark ni limite de nombre de projets selon l’entreprise.

Voyager Design combine couches vectorielles, raster, peinture, mise en page, présentations et motion design à base de keyframes. Il peut exporter vers PNG, SVG, PDF, PSD, Lottie ou ProRes 4444 avec transparence.

Voyager Video dispose d’une timeline, d’outils multicaméra, de fonctions de couleur et de keying. Les projets peuvent être transférés vers Resolve ou Premiere via OTIO, FCPXML ou EDL, puis exportés notamment en H.264, HEVC, ProRes ou DNxHR.

Voyager DAW couvre de son côté l’arrangement, les instruments, les plugins VST3, le mixage, le mastering, les stems, l’export MIDI et la composition synchronisée à l’image. L’équipe indique que 132 des 162 fonctions principales qu’elle compare à Ableton Live et Logic Pro sont déjà prises en charge, avec 27 autres partiellement disponibles. Cette mesure reste toutefois interne à Voyager. Un agent qui peut composer sans générateur musical

Le volet audio constitue une partie importante du projet.

Dans sa démonstration de lancement, Anvisha Pai montre Claude Opus 5.5 composant une piste musicale à l’intérieur de Voyager sans utiliser de modèle de génération musicale. L’agent travaille plutôt avec les outils de composition et d’arrangement disponibles dans le DAW.

Cette distinction est intéressante : Voyager ne sert pas uniquement de passerelle vers des modèles capables de produire directement une chanson ou une vidéo. Le modèle peut aussi utiliser des outils traditionnels, sélectionner des instruments, modifier une structure ou travailler avec des plugins existants.

Le même principe s’applique aux images et à la vidéo : la génération peut intervenir comme une étape parmi d’autres, pas nécessairement comme le cœur du workflow. La génération vidéo devient une étape orchestrée

Voyager peut également appeler des modèles spécialisés lorsque la tâche l’exige.

L’équipe met notamment en avant Seedance, H3 Max et Veo pour produire des plans destinés à des publicités ou des séquences cinématiques. Voyager peut aider à construire en amont le storyboard, les character sheets ou les références nécessaires, puis récupérer les rendus et les intégrer dans un