UNREEL fabrique le film pendant que vous le regardez

UNREEL utilise Gemini 2.5 Flash et H3 Max Turbo pour écrire puis générer une succession de plans pendant leur lecture, sans produire le film complet à l’avance.

Le film n’existe pas encore lorsque le spectateur appuie sur lecture. UNREEL commence par diffuser une courte introduction préparée à l’avance, puis écrit et génère progressivement la suite afin de maintenir la lecture aussi longtemps que l’utilisateur le souhaite.

Présenté par son créateur Blendi comme le « premier service de streaming vidéo entièrement généré par IA », le projet reprend les codes visuels d’un catalogue à la Netflix. Sa page d’accueil propose des affiches, des résumés, des extraits et plusieurs genres. Derrière cette interface, il ne stocke toutefois pas une collection de longs métrages terminés.

La version publiée comprend quatorze récits couvrant notamment la science-fiction, le western, le cyber-noir, l’horreur folklorique, la romance et la boxe. Huit chaînes supplémentaires adoptent un format volontairement plus chaotique, avec des concepts comme Capybara News Network, Goblin Tax Season, Toaster Court ou Dad Rock Volcano.

Les affiches, les animations visibles au survol et les premières séquences sont produites lors de la construction du catalogue. Le contenu diffusé après cette introduction est en revanche calculé au fil de la séance. Cette distinction nuance la formule selon laquelle rien n’existerait avant le lancement de la lecture : l’habillage et le début de chaque programme sont déjà présents, tandis que son développement est improvisé.

UNREEL partage le travail entre plusieurs modèles. Gemini 2.5 Flash joue le rôle de showrunner et rédige les prochains plans. Nano Banana 2 produit les affiches et leur typographie. H3 Max Turbo transforme ensuite les instructions en courtes séquences vidéo par l’intermédiaire de fal.

H3 Max Turbo n’est pas le modèle MiniMax H3 standard. Il s’agit d’une variante issue de MiniMax H3, post-entraînée par fal et adaptée à son infrastructure d’inférence. La documentation officielle la présente comme une version privilégiant le débit, le respect des instructions et la qualité visuelle.

Le modèle ne génère donc pas un film entier en une seule opération. UNREEL lui demande de produire une succession de séquences de quelques secondes, puis se charge de les organiser, de les mettre en mémoire tampon et de les lire dans le bon ordre. L’impression de continuité vient principalement de cette orchestration.

Après le lancement d’un programme, le showrunner prépare d’abord un plan, puis des groupes de quatre et enfin de dix. Le premier est généré à partir de la dernière image de l’introduction. Pendant sa lecture, le suivant est calculé en arrière-plan. La réserve doit ainsi se remplir progressivement sans obliger le spectateur à attendre entre chaque séquence.

Pour les récits, chaque nouveau plan reprend comme image initiale la dernière image du précédent. Cette technique doit conserver une partie du personnage, de l’éclairage et du décor. Elle ne constitue cependant pas une mémoire vidéo persistante couvrant l’ensemble du film. H3 Max Turbo reçoit un nouveau travail à chaque étape et peut toujours modifier involontairement un visage, un vêtement, un objet ou l’organisation d’un lieu.

Le showrunner réintroduit le résumé, la direction visuelle et les éléments narratifs dans ses instructions afin de limiter ces dérives. La continuité dépend donc à la fois de l’image transmise, de la description textuelle et de la capacité du modèle à interpréter ces références de manière stable.

Les chaînes dites « chaos » renoncent à cette recherche de raccord. Elles produisent deux séquences de cinq secondes à la fois et enchaînent volontairement les situations par des coupes franches. Les incohérences deviennent alors une composante du format plutôt qu’un défaut à masquer.

Le dialogue nécessite lui aussi une adaptation. Le créateur du projet explique que H3 Max Turbo produit une parole plus intelligible lorsque le texte exact est placé entre guillemets dans l’instruction. Gemini écrit donc les répliques mot pour mot, tandis que le programme ajoute les indications sonores et affiche le texte sous forme de sous-titres.

Cette méthode aurait été vérifiée avec Whisper, mais aucun résultat détaillé n’est fourni. Elle ne garantit pas qu’une voix conserve le même timbre entre deux plans, que le rythme d’une conversation reste naturel ou que la musique se poursuive sans rupture. Chaque séquence possède sa propre génération sonore, ce qui rend la continuité audio plus difficile que l’enchaînement des images.

La rapidité de H3 Max Turbo rend cette mécanique possible. Le dépôt d’UNREEL indique qu’une séquence de huit secondes en 480p demande environ 2,5 secondes de traitement. En 768p, le délai passerait à près de cinq secondes. La définition 480p est donc utilisée par défaut pour conserver une marge suffisante lors du transfert de la dernière image.

Ces mesures correspondent aux observations du développeur et non à une garantie de délai. La file d’attente de fal, le réseau, la préparation de l’instruction et la récupération du fichier peuvent ralentir la diffusion. Si le prochain plan n’arrive pas à temps, le lecteur conserve la dernière image à l’écran. Si sa récupération échoue, le système peut employer une coupe franche afin de ne pas interrompre complètement la séance.

UNREEL envoie également deux requêtes identiques pour la première intervention du showrunner et conserve la première réponse valide. Cette redondance réduit le risque qu’une demande particulièrement lente retarde le début de la génération, mais elle peut augmenter légèrement la consommation facturée.

La promesse de regarder un « film entier » doit donc être comprise comme la possibilité de prolonger le flux, et non comme l’existence d’un long métrage complet doté d’un scénario finalisé. Le récit est écrit par blocs, sans durée imposée ni fin nécessairement préparée. Fermer l’onglet interrompt la production.

La version actuelle ne propose pas non plus les fonctions habituelles d’une plateforme consacrée aux films terminés : montage final, téléchargement du programme complet, reprise exacte d’une séance ou