Une restructuration touche 22 % des effectifs de Canva, sur fond de ralentissement de la croissance
Le groupe australien réorganise ses équipes et annonce 1 271 salariés concernés, entre suppressions de postes, changements de fonctions et relocalisations.
Après plus d'une décennie de croissance, Canva engage la plus importante restructuration de son histoire. Dans une lettre adressée aux salariés le 3 novembre 2026, Melanie Perkins, cofondatrice et directrice générale du groupe australien, annonce des changements affectant 1 271 personnes, soit 22 % de ses effectifs. La réorganisation prévoit des suppressions de postes, des modifications de fonctions et le regroupement géographique de certaines équipes. Le nombre exact de licenciements n'a pas été communiqué.
Cette décision intervient alors que la plateforme de création graphique traverse son premier ralentissement de croissance depuis dix ans. Dans son message publié sur le site officiel de Canva, Melanie Perkins reconnaît que les ajustements progressifs envisagés jusqu'ici ne suffisent plus à répondre aux difficultés de l'entreprise. La direction souhaite revoir son organisation, réduire les niveaux hiérarchiques et réunir davantage de compétences au sein d'équipes responsables de projets complets. Une croissance ralentie dans un marché transformé par l'IA
Le ralentissement est devenu visible dans les prévisions financières du groupe. En août 2026, Canva avait abaissé son objectif de croissance annuelle du chiffre d'affaires de 30 % à 20 %, selon les informations rapportées par Business Insider. L'entreprise, qui avait construit son développement autour de la démocratisation des outils de création graphique, évolue désormais dans un environnement où de nombreuses fonctionnalités deviennent accessibles directement depuis des assistants IA.
La génération d'images, la modification de contenus visuels et la création de présentations peuvent être réalisées à partir d'instructions conversationnelles, parfois sans passer par une interface de conception traditionnelle. Cette évolution transforme les attentes des utilisateurs et accentue la concurrence entre les plateformes créatives, les éditeurs logiciels et les fournisseurs de modèles génératifs.
D'après The Information, l'entreprise aurait également rencontré des difficultés liées au coût de ses nouvelles fonctionnalités d'intelligence artificielle et à une baisse de fréquentation. Ces informations apportent un éclairage sur les tensions commerciales et techniques auxquelles le groupe est confronté, mais ne constituent pas une explication officiellement avancée pour les suppressions de postes.
Dans sa lettre, Melanie Perkins évoque plus largement les transformations technologiques et les nouvelles attentes des utilisateurs. Elle ne présente pas les licenciements comme une conséquence directe de l'automatisation des emplois par l'IA. La restructuration est principalement justifiée par la nécessité de simplifier une organisation devenue plus complexe au fil de la croissance. Trois divisions réunies et moins de niveaux hiérarchiques
La première transformation concerne les équipes Product, Growth et Platform, jusqu'ici organisées en divisions distinctes. Elles seront regroupées dans une seule organisation produit afin de réduire les transferts de responsabilités et les étapes de coordination entre départements.
Selon la direction, une modification relativement simple du service pouvait nécessiter l'intervention successive de plusieurs équipes, chacune responsable d'une partie du projet. Cette spécialisation, utile pendant les phases d'expansion, aurait progressivement ralenti la prise de décision et fragmenté la responsabilité des résultats.
La deuxième évolution consiste à regrouper certaines fonctions spécialisées dans des rôles plus larges, tout en réduisant les échelons de management et les responsabilités qui se chevauchent. Les équipes devront disposer de davantage d'autonomie pour conduire leurs projets de bout en bout. La direction entend ainsi retrouver un mode de fonctionnement proche de celui des premières années de l'entreprise, avec des groupes plus restreints et moins de dépendances organisationnelles.
Le troisième changement concerne la répartition géographique des salariés. Sydney deviendra le principal centre de plusieurs équipes produit, ainsi que d'autres fonctions nécessitant une collaboration étroite. Certains employés se verront proposer une relocalisation vers ces pôles, tandis que d'autres pourraient changer de fonction ou quitter l'entreprise.
À partir de janvier 2027, la majorité des salariés sous contrat hybride devront également passer environ deux à trois jours par semaine au bureau, selon les modalités applicables dans leur région. Présent dans 37 pays, le groupe devra adapter ces décisions aux réglementations locales et aux situations individuelles. Six mois de salaire minimum et un fonds pour les salariés partants
La direction détaille plusieurs mesures destinées aux personnes qui quitteront l'entreprise. Chacune recevra au minimum six mois de salaire, indemnités légales comprises, indépendamment de son pays d'implantation. Les employés concernés pourront également bénéficier de douze mois de couverture médicale dans les pays où cette prestation existe, ainsi que d'un accompagnement psychologique et professionnel pendant une année.
Un dispositif d'aide au retour à l'emploi comprendra des séances individuelles de préparation aux entretiens, une assistance à la rédaction de CV et un abonnement LinkedIn Premium pendant douze mois. Les salariés arrivés depuis moins d'un an ne seront plus soumis à la période initiale d'acquisition de leurs droits sur les actions. Ceux qui quittent le groupe pourront conserver leur MacBook professionnel.
Un fonds baptisé Canva Collective Fund proposera également des subventions de 10 000 dollars aux anciens collaborateurs souhaitant créer une entreprise ou développer un projet personnel ou communautaire. Les bénéficiaires pourront déposer leur candidature jusqu'au 14 décembre 2026. Le groupe précise qu'il ne prendra aucune participation financière dans les projets soutenus.
Un annuaire volontaire d'anciens salariés sera par ailleurs partagé avec les investisseurs, partenaires et entreprises