Personne ne veut ralentir en premier

La pétition Pacing the Frontier rassemble les salariés d'OpenAI et de Google. Ils demandent des outils étatiques pour réguler la vitesse des découvertes.

Une pétition intitulée Pacing the Frontier réunit des salariés de laboratoires d'IA de premier plan autour d'une demande précise : que le gouvernement américain soutienne un effort international visant à doter le monde des outils techniques et de gouvernance permettant de réguler délibérément le rythme du développement automatisé de l'IA. Le texte ne réclame ni pause ni ralentissement. Il demande que l'option existe.

L'argument tient en deux temps. Les entreprises les plus avancées estiment approcher de l'automatisation de la recherche en IA, avec le risque que les capacités progressent au-delà de ce que l'on sait comprendre ou contrôler. Or aucun acteur, entreprise ou pays, n'a intérêt à lever le pied unilatéralement, et les instruments permettant d'agir à l'échelle de la filière entière n'existent pas.

La composition de la liste fait l'essentiel de son poids. S'y retrouvent les directeurs scientifiques d'OpenAI, d'Anthropic, de Meta AI et de Thinking Machines, le directeur de la recherche d'OpenAI, la responsable de la sécurité et de l'alignement chez Google, ainsi que des salariés de Google DeepMind, de xAI, de Prime Intellect et d'Inherent. Le compteur avançait encore pendant la journée, de 1 122 à plus de 1 170 signatures en quelques heures, le texte restant ouvert aux employés du secteur pouvant justifier de leur emploi. Les commentaires publiés sont présentés comme personnels et n'engagent aucune entreprise.

Deux d'entre elles ont néanmoins pris position en leur nom, Anthropic et OpenAI publiant chacune un message de soutien. L'initiative bénéficie par ailleurs de l'appui de deux organisations à but non lucratif, Guidelight AI Standards et Encode AI.

La lecture des commentaires révèle un soutien loin d'être homogène. Plusieurs signataires jugent l'exercice périlleux, redoutent qu'une gouvernance limitée aux modèles publics ne pousse les capacités les plus avancées vers des systèmes privés soustraits au regard extérieur, ou demandent que l'on précise ce que réguler le rythme veut dire. L'un d'eux, chez Prime Intellect, met en garde contre l'usage du récit de l'auto-amélioration récursive pour ériger une barrière réglementaire, et réclame que les risques soient quantifiés ouvertement plutôt que déduits des seuls discours des grands laboratoires. C'est aussi, de l'extérieur, l'objection adressée à ce type de lettre.