NVIDIA rachète Hugging Face pour 12,93 milliards de dollars
NVIDIA a signé un accord pour acquérir Hugging Face pour 12,93 milliards de dollars. La plateforme promet de rester ouverte, multicloud et compatible avec les puces concurrentes.
Le principal carrefour des modèles ouverts pourrait passer sous le contrôle du premier fournisseur de puces pour l’IA. NVIDIA a conclu un accord pour acquérir Hugging Face pour 12 930 300 000 dollars, soit l’une des opérations les plus importantes de son histoire.
La formulation employée par Jensen Huang reste importante : NVIDIA a « accepté d’acquérir » Hugging Face. Le rachat n’est donc pas encore présenté comme finalisé. L’annonce officielle ne fournit ni calendrier de clôture, ni liste des autorisations réglementaires nécessaires, ni détail sur les conditions susceptibles de remettre l’opération en cause.
Hugging Face confirme de son côté son « intention de s’associer à NVIDIA » au moyen d’une bannière affichée sur sa page d’accueil. L’entreprise n’a pas encore publié de communiqué distinct précisant sa future gouvernance, le rôle de ses fondateurs ou la manière dont ses équipes seront intégrées.
Selon les informations obtenues par Reuters, environ 11,9 milliards de dollars doivent revenir aux investisseurs de Hugging Face. Une enveloppe pouvant atteindre un milliard de dollars en actions serait destinée à retenir les salariés rejoignant NVIDIA. L’annonce de Jensen Huang ne détaille pas cette répartition.
Fondée en 2016 par les Français Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf, Hugging Face avait initialement développé une application conversationnelle avant de devenir une infrastructure centrale pour la création, la publication et le déploiement de modèles.
Sa plateforme accueille des modèles, des jeux de données et des applications accessibles depuis les Spaces. Elle fournit également des bibliothèques largement employées comme Transformers, Diffusers, Datasets, Safetensors, Tokenizers ou Accelerate, auxquelles s’ajoutent des services payants pour les entreprises, le stockage et l’inférence.
NVIDIA affirme que plus de 18 millions de développeurs, chercheurs et créateurs utilisent désormais Hugging Face. Le groupe évoque plus de trois millions de modèles, 500 000 jeux de données, un million d’applications et 200 000 entreprises utilisatrices.
Ces chiffres proviennent des entreprises concernées et ne permettent pas de distinguer les comptes actifs, les organisations payantes et les simples utilisateurs occasionnels. La page d’accueil de Hugging Face affiche encore séparément plus de deux millions de modèles et plus de 50 000 organisations. L’écart peut provenir de dates de mise à jour ou de définitions différentes.
Le montant du rachat représente presque trois fois la dernière valorisation publique de Hugging Face. En août 2023, l’entreprise avait levé 235 millions de dollars sur la base d’une valorisation de 4,5 milliards. NVIDIA participait déjà à cette opération aux côtés d’acteurs comme Salesforce, Google, Amazon, AMD, Intel et IBM.
Hugging Face aurait ensuite refusé une proposition d’investissement de 500 millions de dollars formulée par NVIDIA en 2025, qui aurait valorisé l’entreprise autour de sept milliards. Le fabricant passe désormais du statut d’actionnaire minoritaire et de partenaire technique à celui de futur propriétaire.
Le prix ne correspond pas uniquement aux revenus actuels de la plateforme. Avant la confirmation du rachat, Reuters rapportait un revenu annualisé d’environ 150 millions de dollars. Sur cette base non auditée, NVIDIA accepterait de payer près de 86 fois ce montant.
Une telle valorisation indique que l’acquéreur ne recherche pas seulement un logiciel ou une nouvelle source immédiate de revenus. Hugging Face constitue un point de passage entre les créateurs de modèles, les entreprises qui les évaluent et les fournisseurs chargés de les exécuter. Son moteur de recherche, ses pages de modèles, ses classements, ses bibliothèques et ses services de déploiement influencent directement les technologies adoptées par les développeurs.
NVIDIA maîtrise déjà une grande partie de l’infrastructure physique nécessaire à l’entraînement et à l’utilisation des systèmes d’IA. Avec Hugging Face, l’entreprise peut se rapprocher du moment où un utilisateur choisit un modèle, compare ses performances, télécharge ses poids ou sélectionne un prestataire d’inférence.
Le rachat ajoute ainsi une couche de distribution à son activité. NVIDIA ne se contente plus de fournir les machines sur lesquelles les modèles fonctionnent : le groupe prendrait le contrôle de l’un des principaux lieux où ils sont présentés, documentés, testés et mis en production.
Cette position devient d’autant plus stratégique que plusieurs grands clients de NVIDIA développent leurs propres composants. Google utilise ses TPU, Amazon propose Trainium et Inferentia, tandis que Microsoft, Meta et OpenAI travaillent sur différentes solutions destinées à réduire leur dépendance au fournisseur dominant.
Les modèles ouverts offrent à NVIDIA une autre voie de croissance. Contrairement aux services fermés, ils peuvent être téléchargés, adaptés et déployés sur des infrastructures très diverses. Chaque nouveau projet représente néanmoins un besoin de calcul que le groupe peut espérer convertir en vente de matériel, en location de capacité ou en utilisation de ses outils logiciels.
NVIDIA promet que cette logique commerciale ne transformera pas Hugging Face en vitrine réservée à ses propres produits. Jensen Huang affirme que les développeurs resteront libres de choisir leurs modèles, leurs frameworks, leurs fournisseurs d’inférence, leurs services cloud et leurs équipements. Le matériel NVIDIA ne deviendrait pas obligatoire pour construire ou déployer un projet depuis la plateforme.
Le groupe s’engage également à préserver le développement multicloud et la prise en charge de plusieurs familles d’accélérateurs. Les modèles provenant de tous les laboratoires doivent continuer à pouvoir être publiés, y compris lorsqu’ils sont optimisés pour du matériel concurrent.
Cette promesse répond au principal risque créé par l’opération. Hugging Face accueille des organisations comme AMD, Intel, Google, Amazon, Microsoft et Meta, dont plusieurs