Mistral lève 3 milliards d’euros pour bâtir une IA européenne de bout en bout
Mistral lève 3 milliards d’euros auprès de Samsung, du fonds Scaleup Europe et de ses investisseurs historiques, pour une valorisation dépassant 21 milliards.
Trois ans après sa création, Mistral vient de réunir 3 milliards d’euros. Ce tour de table de série D porte la valorisation de l’entreprise française à plus de 21 milliards d’euros après l’opération. Selon la société, il s’agit de la plus importante levée de fonds en capital jamais réalisée par une entreprise technologique européenne.
Samsung Electronics dirige l’opération. Le groupe sud-coréen partage ce rôle avec le fonds Scaleup Europe, géré par EQT, et PSG Equity, déjà présent au capital. Advent, des fonds administrés par BlackRock et le Grand-Duché de Luxembourg deviennent également actionnaires.
La plupart des investisseurs historiques ont remis au pot. La liste comprend a16z, ASML, Belfius, BNP Paribas CIB, Bpifrance, Carmignac, DST Global, Eurazeo, General Catalyst, Headline, Hillspire, Index Ventures, Korelya Capital, Lightspeed, Nvidia, Salesforce Ventures et le fonds Solar de Phoenix Court. La répartition des 3 milliards entre ces participants n’a pas été publiée.
Le montant marque une nouvelle accélération pour Mistral. En septembre 2025, l’entreprise avait levé 1,7 milliard d’euros lors d’une série C menée par ASML, sur la base d’une valorisation de 11,7 milliards. Sa valeur théorique progresse donc de près de 80 % en un an. En cumulant les opérations annoncées depuis sa création, le groupe aurait désormais obtenu environ 5,7 milliards d’euros en capital.
La valorisation dite « post-money » inclut l’argent injecté pendant le tour de table. Elle ne correspond ni au chiffre d’affaires de Mistral, ni à une somme immédiatement disponible pour ses actionnaires. Elle représente le prix auquel les investisseurs acceptent d’entrer au capital après la nouvelle levée.
Mistral prévoit d’utiliser ces ressources pour augmenter ses capacités de calcul, entraîner de nouveaux modèles, développer ses infrastructures et accélérer son expansion commerciale. L’entreprise veut également renforcer sa présence internationale. Elle indique opérer dans 20 pays et accompagner plus de 125 grandes organisations, parmi lesquelles Airbus, ASML et HSBC.
La société ne cherche plus seulement à publier des modèles concurrençant ceux des laboratoires américains ou chinois. Elle construit progressivement une offre couvrant l’entraînement, l’hébergement, l’adaptation aux données des entreprises et le déploiement de services en production. Cette évolution place l’infrastructure au même niveau que la recherche sur les modèles.
Mistral présente cette chaîne comme une réponse au besoin d’« IA souveraine ». Une organisation devrait pouvoir choisir où ses données sont stockées, sur quelles machines ses modèles fonctionnent, qui peut les modifier et comment leurs décisions sont contrôlées. Elle ne dépendrait plus entièrement des règles commerciales, des prix ou du calendrier technique d’un fournisseur unique.
Cette souveraineté ne signifie pas que chaque composant est conçu et fabriqué en Europe. Mistral dépend encore de fournisseurs de puces, d’opérateurs énergétiques, de centres de données et de partenaires financiers internationaux. Samsung, Nvidia, BlackRock, Advent, a16z et Salesforce Ventures ont leur siège hors d’Europe.
Le terme décrit plutôt une capacité de contrôle. Un client peut exploiter certains modèles sur son propre environnement, conserver ses informations sensibles dans une infrastructure choisie et adapter le système à ses procédures internes. Mistral affirme aussi que ses fondateurs et ses salariés conservent plus de la moitié des droits de vote, tandis que la majorité du capital reste européenne.
L’arrivée de Samsung possède malgré tout une portée industrielle. Après ASML lors du précédent tour, Mistral obtient le soutien d’un autre groupe central dans la fabrication de composants et d’équipements électroniques. Samsung produit des mémoires, des processeurs, des appareils et des équipements destinés aux centres de données. L’annonce ne détaille toutefois aucun accord commercial ou technique associé à son investissement.
Le fonds Scaleup Europe apporte une autre dimension. Lancé avec l’appui de la Commission européenne, il vise les entreprises technologiques européennes arrivées à un stade où leurs besoins dépassent souvent les capacités des fonds de capital-risque traditionnels du continent. La Commission s’est engagée à hauteur d’un milliard d’euros dans un véhicule qui cherche à réunir 5 milliards.
EQT gère ce fonds selon une logique commerciale indépendante. Les institutions publiques et les autres souscripteurs participent à sa gouvernance, mais ne sont pas censés choisir directement chaque investissement. Les tickets visés atteignent généralement 100 millions d’euros ou davantage. La participation à Mistral pourrait figurer parmi ses premières grandes opérations.
Ce mécanisme répond à une faiblesse ancienne du financement technologique européen. Les jeunes entreprises parviennent à lever leurs premiers millions sur le continent, puis se tournent souvent vers des investisseurs américains ou asiatiques lorsqu’elles doivent financer des infrastructures, une expansion mondiale ou plusieurs années de recherche. Les besoins de l’IA accentuent cet écart en raison du coût des accélérateurs, de l’électricité et des centres de données.
Mistral présente ses modèles à poids ouverts comme un autre élément de différenciation. Les poids de certains systèmes peuvent être téléchargés, hébergés et adaptés par leurs utilisateurs. Cette ouverture réduit la dépendance envers une API distante et facilite les déploiements dans des environnements réglementés ou isolés.
Un modèle à poids ouverts n’est cependant pas nécessairement entièrement open source. Les données d’entraînement, les outils utilisés pour les préparer et l’ensemble de la procédure de formation peuvent rester confidentiels. Mistral commercialise aussi des modèles et des services propriétaires. Son approche combine donc des publications ouvertes avec une plateforme payante et des offres réservées aux entreprises.
La levée doit financer ces deux dimensions. La