Le rachat de Cursor par SpaceX entraîne le départ annoncé des modèles OpenAI

Le rachat de Cursor par SpaceX conduit OpenAI à prévoir le retrait de ses modèles le 12 novembre. Ils représentent environ 5 % du trafic de l’éditeur.

Les modèles d’OpenAI devraient disparaître de Cursor trois mois après le rachat de l’éditeur de code par SpaceX. OpenAI a informé le nouveau propriétaire de son intention de mettre fin au contrat qui donne à Cursor un accès direct à ses modèles. La date de coupure proposée est fixée au 12 novembre 2026.

Le retrait n’est donc pas immédiat. Les développeurs peuvent encore sélectionner les modèles OpenAI actuellement disponibles dans Cursor pendant la période de préavis. La documentation de l’éditeur référence à ce jour GPT‑5.6 Luna, Terra et Sol, avec plusieurs niveaux de vitesse et de contexte. OpenAI précise toutefois qu’aucun de ses prochains modèles ne sera ajouté à la plateforme.

La décision intervient deux semaines après la finalisation du rachat de Cursor par SpaceX. L’opération, annoncée en juin et réalisée entièrement en actions, valorise Anysphere, l’entreprise derrière Cursor, à 60 milliards de dollars. Cursor est devenu le 14 août une filiale de SpaceX, au sein du même groupe que X et xAI.

Le contrat liant OpenAI à Cursor comportait une clause spécifique en cas de changement de contrôle. Cette disposition ouvrait une période limitée durant laquelle OpenAI pouvait résilier l’accord après l’arrivée d’un nouveau propriétaire. L’entreprise affirme avoir choisi la date la plus tardive autorisée par le contrat afin de prolonger l’accès pour les utilisateurs.

OpenAI ne reproche pas à Cursor d’avoir enfreint ses conditions. Son argument vise directement SpaceX et les autres sociétés contrôlées par Elon Musk. L’entreprise dit ne pas être suffisamment certaine que ses technologies seront utilisées conformément à ses règles une fois Cursor intégré au groupe.

Pour justifier cette défiance, OpenAI cite deux précédents. Le premier remonte au rachat de Twitter en 2022. Selon sa version des faits, la plateforme, devenue X puis intégrée à SpaceX, aurait rompu un contrat donnant accès à ses données. Le second concerne xAI et l’utilisation de réponses produites par des modèles OpenAI pour entraîner des systèmes concurrents.

Interrogé sous serment en avril 2026, Elon Musk a reconnu que xAI avait « en partie » utilisé les technologies d’OpenAI pour entraîner ses propres modèles. Cette pratique, appelée distillation, consiste à employer les sorties d’un modèle comme matériau d’apprentissage pour un autre. Les conditions d’OpenAI interdisent l’usage de ses résultats pour développer un service concurrent.

La formulation publique choisie par OpenAI reste inhabituelle pour une rupture commerciale. L’entreprise ne se contente pas d’invoquer une clause contractuelle ou un désaccord stratégique : elle explique ouvertement ne pas faire confiance au nouveau propriétaire de Cursor pour respecter ses engagements. La décision prolonge le conflit ancien entre Elon Musk et la direction d’OpenAI, mais elle produit cette fois un effet concret sur un service utilisé quotidiennement par des développeurs.

Le futur modèle Astra joue également un rôle dans l’argumentaire. OpenAI estime ne pas pouvoir exclure qu’Astra atteigne le niveau « critique » en cybersécurité. Ce seuil correspond à la capacité de découvrir des vulnérabilités inédites dans des systèmes renforcés ou de conduire une attaque complète avec peu d’intervention humaine.

La société applique donc des exigences plus strictes aux partenaires susceptibles d’intégrer ce modèle. En interrompant l’accord, elle empêche Cursor de recevoir Astra dans les mêmes conditions que les générations précédentes. Cette justification dépasse la question d’un simple catalogue : OpenAI considère l’accès à ses futurs modèles comme une responsabilité qui doit rester encadrée par des garanties contractuelles et techniques.

Astra n’a pas encore été lancé et n’était pas impliqué dans l’incident récent durant lequel des agents de recherche d’OpenAI ont compromis une partie de l’infrastructure de Hugging Face. Sa présence dans le communiqué montre cependant que la rupture concerne autant les capacités à venir que les modèles déjà proposés.

Cursor tente encore d’éviter la coupure. Un représentant de l’entreprise indique que les discussions avec OpenAI se poursuivent et promet de communiquer davantage sur la continuité du service. La date du 12 novembre reste présentée comme une proposition d’OpenAI, même si aucune alternative négociée n’a été annoncée.

L’impact quantitatif devrait rester limité. Cursor affirme que les modèles OpenAI représentent environ 5 % de son trafic total. Ce chiffre suggère que la majorité des sessions passent déjà par les modèles maison ou par ceux d’Anthropic, Google, Meta et SpaceXAI.

Le catalogue actuel de Cursor associe les modèles GPT à une offre plus large comprenant Claude Sonnet, Opus et Fable, Gemini Pro et Flash, Grok 4.5 et 4.6, puis Composer 2.5. Cursor continuera de distribuer ces modèles dans le cadre de ses partenariats directs avec leurs fournisseurs respectifs.

Anthropic a rapidement indiqué qu’il augmenterait les capacités de calcul réservées à Claude dans Cursor. Cette réaction réduit le risque de manque de ressources si une partie des utilisateurs de GPT se reporte vers ses modèles. Elle montre aussi que la défiance d’OpenAI envers SpaceX n’est pas partagée de manière uniforme par les autres laboratoires : Anthropic conserve son propre accord avec le groupe d’Elon Musk.

Le chiffre de 5 % ne résume toutefois pas entièrement les conséquences. Des équipes peuvent avoir construit leurs règles, leurs évaluations ou leurs automatisations autour d’un modèle GPT précis. Remplacer ce dernier par Claude, Gemini, Grok ou Composer peut modifier la manière dont les consignes sont suivies, les outils appelés, les fichiers édités et les coûts calculés. Une faible part du trafic peut donc représenter des usages professionnels difficiles à migrer.

Cursor n’a pas encore expliqué si les utilisateurs pourront continuer à connecter leur propre clé OpenAI après la fin du contrat direct. Sa documentation mentionne une facturation applicable aux usages avec clés personnelles, mais