Huit mois après son rachat par Meta, Manus redevient indépendant
Le rachat de Manus par Meta, estimé à plus de 2 milliards de dollars, a été défait après son blocage par Pékin. Le laboratoire retrouve son indépendance sous la direction de ses fondateurs.
Conclue le 29 décembre 2025, l’acquisition de Manus par Meta n’aura duré qu’un peu plus de huit mois. Le laboratoire spécialisé dans les agents IA annonce avoir officiellement repris ses activités indépendantes, sous la direction de son équipe fondatrice.
Il ne s’agit pas simplement de l’abandon d’une transaction encore en négociation. Meta avait déjà acheté Manus, les anciens investisseurs étaient sortis du capital et une partie des équipes avait rejoint les locaux du groupe à Singapour. L’opération a ensuite dû être défaite à la demande des autorités chinoises.
Le montant n’avait pas été communiqué par les deux entreprises. Reuters et plusieurs autres publications l’ont estimé à plus de 2 milliards de dollars. Cette somme plaçait Manus parmi les acquisitions les plus importantes réalisées par Meta pour renforcer sa stratégie dans l’IA.
Lors de l’annonce du rapprochement, Manus devait conserver son service par abonnement, son application et son implantation à Singapour. La technologie devait progressivement rejoindre les produits de Meta et être proposée à ses milliards d’utilisateurs.
Manus ne développe pas son propre grand modèle de fondation. Son produit agit comme une couche d’exécution capable de sélectionner des outils, d’enchaîner plusieurs opérations et de mener une tâche jusqu’à son résultat. Il peut notamment effectuer une recherche, analyser des données, construire une application ou automatiser un workflow à partir de modèles fournis par d’autres entreprises.
Cette position intéressait Meta, qui cherchait à compléter ses travaux sur les modèles par un agent généraliste déjà commercialisé. Manus affirmait alors avoir traité plus de 147 000 milliards de tokens et créé plus de 80 millions d’environnements informatiques virtuels depuis son lancement.
L’origine de l’entreprise a cependant transformé l’acquisition en dossier géopolitique. Manus avait été créé en Chine par la société Butterfly Effect avant de déplacer son siège et ses activités vers Singapour. Après une levée de 75 millions de dollars menée par le fonds américain Benchmark en mai 2025, l’entreprise avait fermé ses bureaux chinois et licencié plusieurs dizaines de personnes.
Cette relocalisation devait faciliter son développement international et réduire son exposition aux restrictions touchant les investissements technologiques entre la Chine et les États-Unis. Elle n’a pas suffi à soustraire l’opération au contrôle de Pékin.
Le ministère chinois du Commerce a ouvert une enquête en janvier 2026, quelques jours après la finalisation du rachat. Les autorités cherchaient à déterminer si le déplacement de l’entreprise, le transfert de ses actifs et son acquisition par un groupe américain respectaient les règles relatives aux investissements étrangers, à l’exportation de technologies et aux transferts de données.
En mars, le directeur général Xiao Hong et le responsable scientifique Ji Yichao ont été convoqués à Pékin avant de faire l’objet d’une interdiction de quitter le territoire, selon plusieurs sources interrogées par Reuters. Pendant ce temps, les équipes installées à Singapour avaient déjà commencé à travailler depuis les bureaux de Meta.
Le 27 avril, la Commission nationale du développement et de la réforme a interdit l’investissement étranger dans Manus et demandé aux parties de retirer l’opération. La décision reposait sur le mécanisme chinois de contrôle de sécurité des investissements étrangers. Elle ne nommait pas directement Meta, mais visait l’acquisition conclue quatre mois auparavant.
Pour les autorités chinoises, l’incorporation à Singapour ne suffisait pas à effacer les liens historiques de Manus avec le pays. L’origine de sa technologie, la nationalité de ses fondateurs, la localisation antérieure de ses travaux, ses anciens investisseurs et les éventuels transferts de données ou de savoir-faire pouvaient encore justifier une intervention.
Meta avait répondu que la transaction respectait les lois applicables et disait attendre une résolution appropriée. La décision chinoise imposait néanmoins de revenir sur une opération déjà achevée.
Défaire un rachat de cette nature ne consiste pas uniquement à rendre des actions contre un remboursement. Il faut également séparer les équipes, les systèmes internes, les contrats, le code, les données et les connaissances partagées depuis la conclusion de l’accord.
Une séparation opérationnelle a été engagée au cours des mois suivants. Meta et Manus ont cessé leurs échanges de données, tandis que les accès aux outils et aux projets communs ont été progressivement retirés. Aucun bilan public ne précise ce que Meta avait déjà intégré, ce qui a été supprimé ou le nombre de personnes ayant changé d’employeur pendant la période.
Plusieurs anciens investisseurs chinois, dont HSG, ZhenFund et Tencent, auraient envisagé de racheter Manus à Meta pour environ 2 milliards de dollars. Reuters indiquait en juin ne pas avoir pu confirmer indépendamment ces discussions. Benchmark ne devait pas participer à l’opération, selon les informations alors disponibles.
L’annonce du retour à l’indépendance ne donne aucune précision sur le nouveau capital de l’entreprise, l’identité de ses actionnaires ou les modalités financières de la séparation. La continuité de l’équipe fondatrice concerne donc la direction opérationnelle, sans permettre de connaître la répartition actuelle de la propriété.
La séparation a eu une conséquence inhabituelle pour certains utilisateurs. Manus leur a demandé de sauvegarder les données produites à partir du 29 décembre 2025, date exacte de l’acquisition par Meta. Ces informations ont ensuite été supprimées entre le 23 et le 24 août 2026 afin de respecter des exigences réglementaires dans certaines juridictions.
Les comptes concernés ont perdu l’accès au service pendant environ deux jours. Ils peuvent restaurer leurs données depuis le 25 août grâce à un portail dédié. Manus ne fixe aucune date limite à cette restauration. Les utilisateurs non concernés par la mesure n’ont aucune