Higgsfield accélère avec 400 millions de dollars, Magnific mise sur son histoire

Higgsfield lève 400 M$ à 5,4 Md$ de valorisation. Au même moment, Magnific met en avant seize ans d’activité sans tour de capital-risque.

La croissance fulgurante de Higgsfield et la longévité revendiquée par Magnific font émerger deux réponses à la même question : qu’est-ce qui garantit la solidité d’une plateforme d’IA créative ?

Higgsfield a levé 400 millions de dollars lors d’une série B qui valorise l’entreprise à 5,4 milliards de dollars. Mené par DST Global, le tour réunit notamment Growth Equity chez Goldman Sachs Alternatives, Tribe Capital, Intel Capital, Smash Capital, Fifth Wall, Liberty Global Tech Ventures et NTT DOCOMO Ventures. Accel, Menlo Ventures et GFT Ventures, déjà présents au capital, ont également participé.

La valorisation a plus que quadruplé depuis la série A conclue à 1,3 milliard de dollars huit mois plus tôt. Higgsfield affirme désormais compter plus de 30 millions d’utilisateurs dans 238 pays et territoires, avec les États-Unis comme premier marché. La société revendique aussi plus de 20 millions de générations mensuelles et une utilisation de sa plateforme par 390 entreprises du classement Fortune 500. Ces chiffres proviennent de l’entreprise et n’ont pas fait l’objet d’un audit public.

Le chiffre le plus spectaculaire concerne les revenus. Higgsfield annonce 700 millions de dollars de revenus annualisés, contre environ 20 millions un an auparavant. Il ne s’agit toutefois pas d’un chiffre d’affaires déjà encaissé sur douze mois, mais d’une projection établie à partir des semaines les plus récentes. La même prudence s’était imposée en janvier, lorsque Reuters avait précisé que les 200 millions alors communiqués constituaient un rythme annualisé et non un revenu reconnu.

La progression s’accompagne d’un déplacement vers les entreprises. Celles-ci représentaient moins d’un quart des revenus en janvier, alors qu’elles en fourniraient désormais la majorité. Higgsfield ne se présente plus seulement comme un service de génération destiné aux créateurs et aux spécialistes des réseaux sociaux. Ses produits cherchent à devenir une infrastructure quotidienne pour les équipes marketing, les agences et les studios.

Le financement doit soutenir cette montée en gamme, l’expansion commerciale, le recrutement, la sécurité et surtout les capacités de calcul. La vidéo reste particulièrement coûteuse à produire, et Higgsfield agrège plusieurs modèles externes à ses propres outils de post-entraînement, de planification et d’orchestration. Sa valeur ne repose donc pas uniquement sur un modèle maison, mais sur la capacité à transformer différentes technologies en processus de production cohérents.

Alex Mashrabov donne également une lecture géographique à cette levée. Dans un entretien publié par ETN, le cofondateur estime que l’IA peut servir d’« ascenseur social » à des talents éloignés de la Silicon Valley. Il cite Higgsfield depuis l’Asie, ainsi que Lovable et ElevenLabs depuis l’Europe, comme les signes d’une innovation devenue plus distribuée.

La formulation mérite une nuance. Higgsfield est installée à San Francisco et s’appuie sur des investisseurs internationaux importants, même si ses fondateurs et une partie de ses équipes sont liés à l’Asie centrale. La démocratisation évoquée concerne surtout l’origine des entrepreneurs et des ingénieurs. Elle ne signifie pas que le financement, les infrastructures de calcul ou l’accès aux grands marchés se soient détachés des principaux centres technologiques et financiers.

C’est dans ce contexte que le message publié presque simultanément par Joaquin Cuenca, cofondateur et CEO de Magnific, prend un relief particulier. Son texte ne mentionne ni Higgsfield ni sa levée. Rien ne permet donc d’affirmer qu’il s’agit d’une réponse directe. Le rapprochement est néanmoins difficile à éviter : Cuenca oppose précisément la durée d’exploitation à la valeur démonstrative d’un financement.

Son argument part de Málaga, où Freepik a été fondée en 2010 avant de prendre le nom de Magnific en avril 2026. Cuenca insiste sur une croissance réalisée sans tour de capital-risque classique, dans un secteur où certaines entreprises lèvent plusieurs dizaines de millions de dollars avant d’avoir consolidé leur produit. Pour lui, les grands clients ne demandent plus seulement quel service offre le meilleur résultat. Ils veulent savoir si leur fournisseur existera encore dans deux ans, continuera à maintenir ses outils et saura traverser le prochain changement technologique.

« Une levée de fonds ne répond pas à la question de la durabilité. Seize années de construction, si », résume-t-il en substance.

Magnific revendique un million d’abonnés payants, 230 millions de dollars de revenus annuels récurrents et plus de 250 équipes clientes. Son histoire comprend plusieurs transformations : moteur de recherche de ressources graphiques, bibliothèque de contenus, services par abonnement, acquisition de l’outil Magnific en 2024, puis regroupement des fonctions de génération et de production sous cette marque.

L’affirmation d’une construction « sans capital extérieur » doit cependant être précisée. Freepik n’a effectivement pas suivi le parcours habituel des jeunes entreprises multipliant les tours de capital-risque. Mais EQT a acquis une participation majoritaire dans l’entreprise en 2020, les fondateurs et dirigeants restant minoritaires. Cette opération portait sur le capital existant et ne correspond pas nécessairement à une levée injectée dans l’entreprise, mais Magnific n’est plus une société détenue uniquement par ses fondateurs.

Les deux discours décrivent finalement des modèles de solidité différents. Higgsfield s’appuie sur la vitesse d’adoption, l’accès au capital, la capacité à financer le calcul et une transition rapide vers les grands comptes. Magnific met en avant les revenus accumulés, les changements de modèle économique déjà traversés et une relation commerciale construite sur seize ans.

Aucun de ces éléments ne constitue à lui seul une garantie. Une levée de 400 millions de dollars peut financer les infrastructures et le support exigés par les entreprises, mais elle augmente aussi les attentes