Ghost veut mettre votre IA personnelle dans un ordinateur à la maison
La machine Ghost Core exécute ses modèles en local pour conserver vos données chez vous. Un boîtier à 3 499 dollars conçu pour l'inférence permanente.
Ghost présente Core, un ordinateur à 3 499 dollars pensé comme le domicile physique d’une intelligence artificielle personnelle. Plutôt que de faire reposer sa mémoire et son fonctionnement sur les serveurs d’un fournisseur distant, Core exécute ses modèles directement sur la machine et conserve localement les conversations, fichiers, applications connectées et souvenirs construits au fil du temps.
L’idée défendue par Ghost dépasse celle d’un simple PC optimisé pour l’IA. Core est conçu pour fonctionner en permanence, agréger progressivement le contexte provenant des applications, fichiers, historiques d’écran, objets connectés, caméras ou appareils de suivi personnel, puis utiliser ces informations pour répondre à des demandes ou agir de manière proactive. La société imagine ainsi une machine capable, à terme, de comprendre suffisamment les habitudes de son propriétaire pour lui suggérer ou accomplir certaines actions sans attendre systématiquement une instruction.
Cette approche suppose un accès particulièrement large aux données personnelles. Dans sa politique de confidentialité, Ghost précise que Core peut exploiter des emails, calendriers, contacts, messages, documents, données de santé ou d’activité physique, contenu affiché à l’écran, images provenant de caméras et informations issues d’appareils connectés. La mémoire conversationnelle et les informations dérivées restent stockées sur le matériel de l’utilisateur.
Ghost affirme également qu’aucun modèle distant n’est utilisé comme solution de secours pour les conversations ou le traitement de cette mémoire. Cette promesse ne signifie toutefois pas que Core fonctionne intégralement sans Internet. Une recherche web, un appel téléphonique, un email ou toute autre opération dépendant d’un service externe peut transmettre les informations nécessaires au prestataire concerné. Ghost propose son propre relais pour certains de ces services et affirme ne pas conserver le contenu qui y transite, mais rappelle que les fournisseurs tiers appliquent ensuite leurs propres règles de conservation.
Le matériel repose sur une NVIDIA RTX PRO 4000 Blackwell SFF équipée de 24 Go de mémoire GDDR7 ECC, accompagnée de 64 Go de DDR5, d’un SSD NVMe de 1 To et d’un processeur AMD Ryzen 5 7600 à six cœurs. Ghost annonce une puissance de 770 AI TOPS. L’ensemble est intégré dans un boîtier relativement compact pensé pour rester allumé dans une pièce plutôt que dans une baie informatique.
Plusieurs modèles locaux sont proposés au lancement, notamment Qwen 3.8-Next, Qwen 3.8-27B, Gemma 4-31B et Muse-Glimmer-30B. Core ne nécessite aucun abonnement pour utiliser ces modèles et n’applique pas de facturation à l’usage. La machine expose également un endpoint compatible avec l’OpenAI Responses API, ce qui permet à des applications capables d’utiliser une adresse personnalisée de solliciter directement les modèles exécutés sur Core. Ghost cite notamment des outils comme OpenCode, OpenClaw ou Codex parmi les environnements pouvant exploiter cette compatibilité.
Cette ouverture transforme aussi Core en serveur d’inférence personnel. Un développeur peut utiliser la machine pour alimenter ses propres applications, scripts ou agents sans envoyer chaque requête vers une API distante et sans facturation par token. Le choix des modèles peut être modifié depuis les réglages sans avoir à reconstruire le contexte déjà conservé par la machine, comme l’explique le guide de configuration de Core.
L’accès ne se limite pas à un écran connecté directement à Core. Ghost prévoit des applications pour ordinateur et smartphone permettant de dialoguer avec la machine à distance. L’application de bureau officielle est actuellement proposée pour les Mac Apple Silicon, tandis que Core peut aussi être utilisé depuis Windows, Linux, iPhone ou Android selon les interfaces prises en charge.
Pour l’accès à distance, Ghost utilise un relais chiffré qui transmet les échanges entre l’appareil de l’utilisateur et son Core sans exécuter lui-même la conversation. La société affirme ne pas enregistrer les conversations, fichiers ou souvenirs transitant par ce relais. Les utilisateurs peuvent également remplacer ce système par leur propre connexion, par exemple via Tailscale.
La contrepartie de cette mémoire locale permanente est que la gestion des données devient aussi une responsabilité de l’utilisateur. Déconnecter une source ne supprime pas automatiquement ce qui a déjà été mémorisé et une information dérivée d’un fichier ou d’une conversation peut continuer d’exister après la suppression de sa source. Ghost indique également que des copies peuvent subsister sur les appareils associés ou dans leurs sauvegardes.
Core est vendu 3 499 dollars. La première série est annoncée pour une expédition à partir du 31 octobre, tandis que Ghost recueille déjà les inscriptions pour les lots suivants. La société est soutenue notamment par Andreessen Horowitz, Abstract Ventures, Audacious, SV Angel et Z Fellows. La présence de Ghost figure également dans le portefeuille public d’Andreessen Horowitz.
Derrière le matériel, Ghost défend surtout une autre organisation de l’IA personnelle. Aujourd’hui, la majorité des assistants reposent sur un compte et une infrastructure contrôlée par une entreprise distante. Core inverse cette logique : la machine, sa mémoire et ses modèles sont installés chez l’utilisateur, puis des services extérieurs sont sollicités uniquement lorsque la tâche l’exige.
Le pari reste ambitieux. Pour devenir réellement utile, une telle machine doit accéder à une quantité importante d’informations privées, rester disponible en permanence et connecter des services dont Ghost ne contrôle pas toujours le traitement des données. Mais Core matérialise une idée qui commence à gagner du terrain : l’assistant personnel de demain pourrait être moins un service auquel on se connecte qu’une intelligence que l’on héberge chez soi.