Du brief au prototype : OJO assemble une équipe d’agents sur un même canvas

OJO réunit des agents spécialisés sur un canvas éditable pour passer d’une idée à la stratégie produit, au PRD, au prototype et au code.

Générer une interface à partir d’une consigne n’est plus le principal point de différenciation des outils de design IA. OJO veut intervenir plus tôt, dès le cadrage du produit, et conserver le contexte jusqu’au prototype interactif et au passage vers le développement.

Présenté comme un « Design Agent Team Workspace », le service permet de constituer une équipe d’agents spécialisés autour d’un même projet. L’objectif consiste à transformer une idée encore imprécise en stratégie produit, en PRD, le document qui formalise les exigences, puis en parcours utilisateur, interface et prototype. L’ensemble reste réuni sur un canvas éditable plutôt que réparti entre plusieurs conversations et logiciels. OJO décrit ainsi un parcours continu allant du raisonnement produit à la génération de code.

La composition de l’équipe dépend du projet. Les agents peuvent intervenir sur l’analyse du besoin, la structure des pages, la direction visuelle, les interactions ou la revue du résultat. Des skills ajoutent des méthodes et des contraintes plus ciblées, concernant par exemple la typographie, le mouvement, la hiérarchie de l’information, les performances ou le contrôle de la qualité. Ces compétences peuvent être ajoutées ou retirées au cours du travail, sans imposer le même processus à tous les projets.

Cette organisation doit surtout éviter qu’un agent généraliste assume simultanément les rôles de chef de produit, chercheur, architecte de l’information, designer visuel et évaluateur. Les différents intervenants partagent le même objectif, les références, les décisions précédentes et les retours de l’utilisateur. OJO présente ce contexte commun comme le lien entre la recherche, la structure, la conception, les révisions et la livraison.

Le canvas accueille les pages et prototypes produits par l’équipe. L’utilisateur peut sélectionner et modifier directement des éléments, déposer des commentaires localisés ou demander une nouvelle version d’une partie précise. Des aperçus pour ordinateur, tablette et mobile servent à contrôler l’adaptation de l’interface. Le résultat peut ensuite être partagé, déployé ou exporté vers Figma et différents formats, dont HTML, PDF, PPT et PNG. OJO prévoit également une continuité vers Codex, Claude Code, Cursor et d’autres outils de développement.

Le service propose trois profils de génération. Master privilégie la qualité visuelle au prix d’une consommation de crédits plus élevée, Fast vise les essais répétés et la production en série, tandis que Pro cherche un compromis plus stable pour poursuivre vers le code. Deux modes complètent ce choix : Thinking pour explorer le problème par la conversation et Agile pour exécuter une demande déjà cadrée. La documentation ne précise toutefois pas les modèles exacts associés à chaque profil. Les conditions du service indiquent plus largement que la plateforme utilise notamment Gemini et Claude.

Un cas d’usage publié par OJO part d’une simple idée d’application permettant de trouver des activités locales. Avant de produire les écrans, les agents doivent définir le public, réduire le périmètre du MVP et isoler un parcours testable. Le résultat comprend six écrans reliés, allant de la découverte d’une activité à l’inscription. Cette démonstration illustre la continuité recherchée entre cadrage, structure et prototype, mais reste un scénario préparé par l’éditeur plutôt qu’une évaluation indépendante.

Le canvas agentique et les skills ne sont pas propres à OJO. Google Stitch dispose déjà d’un canvas infini reliant les premières idées aux prototypes fonctionnels, tandis que Figma permet à des agents guidés par des compétences de travailler directement dans ses fichiers. La revendication du « premier » espace de ce type relève donc du positionnement commercial. La distinction recherchée tient davantage à la mise en scène d’une équipe d’agents et à l’extension du processus vers la stratégie produit et le PRD.

La promesse d’un « goût qui peut être conçu » demande elle aussi à être nuancée. Des skills peuvent formaliser des règles de marque, des références, des principes de composition ou des critères de revue. Ils peuvent rendre ces choix plus cohérents et réutilisables. Ils ne transforment pas pour autant le jugement esthétique en propriété mesurable, ni ne garantissent qu’une équipe de plusieurs agents produira des décisions compatibles. L’orchestration peut aussi multiplier les contradictions, les répétitions et les validations nécessaires.

Les projets professionnels appellent enfin une vérification des règles appliquées aux données. La politique de confidentialité d’OJO prévoit que les consignes, références et créations désidentifiées puissent servir à améliorer ses modèles. Une option permet de refuser cet usage, mais seulement pour les traitements futurs. Les conditions transfèrent la propriété des sorties à l’utilisateur après paiement des crédits, tout en lui laissant la responsabilité de contrôler les éventuelles ressemblances et les droits de tiers.

OJO reste actuellement en bêta privée. L’accès passe par une liste d’attente ou un code d’invitation, et l’usage repose sur des abonnements et des crédits. L’étendue réelle de la collaboration entre agents, la qualité du code exporté et la capacité à maintenir un système de design cohérent sur des projets complexes devront encore être éprouvées hors des démonstrations de lancement.