Contrats, jurisprudence et DSAR entrent dans Gemini Enterprise

Gemini Enterprise for Legal réunit agents, skills et connecteurs pour automatiser contrats, recherche juridique et DSAR sous contrôle des cabinets.

Comparer un contrat aux règles internes d’un cabinet, proposer des modifications, surveiller les évolutions réglementaires ou retrouver les données personnelles nécessaires à une demande d’accès. Gemini Enterprise for Legal rassemble ces opérations dans un environnement conçu pour les cabinets d’avocats et les directions juridiques.

La nouveauté ne repose pas sur un modèle Gemini réservé au droit. Google ajoute plutôt une couche métier à son infrastructure existante, avec des instructions spécialisées, des connexions aux logiciels juridiques, des agents prêts à l’emploi et des outils de gouvernance. L’objectif est de permettre aux équipes de travailler depuis une même interface sans déplacer manuellement les documents entre plusieurs assistants.

Cette construction distingue l’offre d’un simple chatbot juridique. Gemini Enterprise for Legal peut chercher des informations, les rapprocher des règles propres à une organisation, produire un document puis déclencher une étape dans un autre service. Le modèle reste au centre du raisonnement, mais l’exécution dépend des données, des autorisations et des logiciels connectés autour de lui.

Google organise cette couche juridique autour de quatre composants. Le premier prend la forme de skills, des ensembles réutilisables d’instructions et de contexte conçus avec des spécialistes du domaine. Une organisation peut y intégrer son modèle de contrat, ses positions de négociation, ses règles de citation, son vocabulaire ou sa manière de signaler un risque.

Une skill consacrée aux accords de confidentialité peut, par exemple, définir les clauses acceptables, les formulations à refuser et les solutions de repli prévues par la direction juridique. L’agent n’analyse alors plus le document à partir de consignes générales. Il le compare au cadre choisi par l’organisation.

Les usages proposés couvrent la revue et la modification de contrats, la création de playbooks, la recherche juridique, la veille réglementaire et le traitement des demandes d’accès aux données personnelles. La plateforme peut également préparer des documents à expurger avant leur dépôt auprès d’un tribunal ou produire une première version d’un accord de confidentialité.

Pour la veille réglementaire, un agent peut surveiller des textes législatifs, des décisions judiciaires et des publications d’autorités de contrôle. Il rapproche ensuite les changements détectés des politiques de l’entreprise, signale les écarts possibles et prépare une proposition de mise à jour. Le document reste destiné à la relecture d’une personne qualifiée avant son adoption.

Le traitement des DSAR, les demandes permettant à une personne d’accéder aux données détenues à son sujet, illustre davantage la dimension opérationnelle du produit. L’agent doit chercher les informations dans plusieurs services connectés, les rassembler et préparer la réponse. Cette opération dépend autant de la qualité des connexions et de l’organisation des données que des capacités du modèle.

Le deuxième composant concerne précisément ces connexions. Des connecteurs reposant sur le Model Context Protocol donnent aux agents un accès encadré aux logiciels déjà utilisés par les équipes. Google cite notamment Workspace, Microsoft 365, iManage, NetDocuments, Docusign, Everlaw, RelativityOne et Thomson Reuters HighQ.

L’écosystème couvre également CourtListener, la base de jurisprudence et de documents judiciaires du Free Law Project, ainsi que Courtroom5 pour les règles de procédure civile et les calculs de délais. Solve Intelligence apporte des sources consacrées aux brevets, tandis que Harvey et Legora peuvent fournir leurs propres fonctions de recherche, de revue et de rédaction.

Cette présence de Harvey et Legora mérite d’être relevée. Google ne cherche pas seulement à concurrencer les spécialistes déjà installés. Gemini Enterprise peut aussi devenir la couche d’orchestration qui relie leurs services aux données internes, aux règles d’accès et aux autres agents d’une organisation.

Les connecteurs sont censés conserver les autorisations déjà définies dans chaque service. Une personne ne devrait donc pas pouvoir interroger, depuis Gemini Enterprise, un dossier auquel elle n’a pas accès dans iManage ou NetDocuments. Google indique également que les barrières éthiques et les permissions au niveau du document peuvent être reprises par la plateforme.

Cette continuité évite de reconstruire entièrement les droits dans un second système. Elle ne corrige cependant pas une configuration incorrecte dans le logiciel d’origine. Un document trop largement partagé dans la source risque de rester accessible à l’agent. Les cabinets devront donc contrôler les autorisations existantes avant de connecter leurs archives.

Les garanties peuvent aussi varier selon le service utilisé. Google précise, par exemple, que les documents sources ne quittent pas l’environnement contrôlé de NetDocuments. Cette affirmation concerne ce connecteur précis et ne doit pas être automatiquement étendue à toutes les intégrations. Les flux de données, les journaux et les conditions des fournisseurs tiers devront être examinés séparément.

Le troisième composant repose sur des agents fournis par Google ou par ses partenaires. Ils peuvent effectuer des recherches juridiques, contrôler un contrat, vérifier sa conformité avec un playbook ou préparer une première rédaction. Certaines actions restent limitées à la lecture et à la synthèse, tandis que d’autres peuvent modifier un document ou transmettre un résultat vers une étape d’approbation.

Deloitte propose ainsi Contract Summarize Pro pour résumer des contrats et Clause Guard pour suggérer des modifications. Eudia Knowledge combine recherche, analyse documentaire et contrôle réglementaire. Ces agents peuvent fonctionner aux côtés de ceux construits directement par le cabinet, tout en étant administrés depuis la même plateforme.

Gemini Enterprise for Legal s’appuie pour cela sur Gemini Enterprise Agent Platform, l’évolution de Vertex AI consacrée à la