Claude conçoit 318 000 protéines contre le venin de scorpion, 17 fonctionnent en laboratoire
Anthropic a utilisé Claude pour concevoir des protéines ciblant cinq neurotoxines de scorpion. Dix-sept candidats ont démontré leur capacité de liaison.
Peut-on confier à un assistant d'intelligence artificielle une partie du travail de recherche nécessaire à la conception d'un traitement médical ? Anthropic a soumis cette question à Claude en lui demandant de concevoir des protéines capables de se fixer sur les neurotoxines de scorpions dangereux pour l'humain. En 64 heures, un modèle de recherche interne a généré 318 484 structures protéiques, puis sélectionné 180 candidats pour des essais. Après l'ajout de 31 autres propositions, les laboratoires Adaptyv Bio et Twist Bioscience ont testé 211 protéines, dont 17 ont satisfait aux critères de liaison définis par les chercheurs. Publiée le 20 octobre 2026, cette expérience montre qu'un agent IA peut conduire une campagne de conception moléculaire relativement autonome. Elle ne démontre toutefois pas encore la mise au point d'un antivenin. Une maladie négligée comme terrain d'expérimentation
Chaque année, les scorpions piquent plus de 1,2 million de personnes dans le monde et provoquent, selon les estimations citées par les chercheurs, plus de 3 250 décès. Les enfants figurent parmi les populations les plus vulnérables, notamment dans les régions où l'accès aux soins demeure limité. Certains venins perturbent les canaux sodiques présents à la surface des cellules nerveuses, dérèglent leur activité électrique et déclenchent des réactions physiologiques pouvant entraîner des complications cardiaques ou pulmonaires graves.
Les traitements antivenimeux existants reposent souvent sur des anticorps obtenus après immunisation d'animaux, notamment de chevaux. Leur production exige du temps, des infrastructures spécialisées et des approvisionnements en venin. Leur efficacité dépend également des espèces concernées, car les toxines diffèrent d'une région à l'autre. Dans ce contexte, concevoir de petites protéines capables de se fixer précisément sur les zones actives des toxines pourrait ouvrir d'autres voies de traitement, à condition de démontrer ensuite leur capacité à neutraliser le venin.
L'étude est née d'une collaboration entre Anthropic et Citrini Research, une société spécialisée dans la recherche financière, qui souhaitait explorer la possibilité pour des personnes non spécialistes de contribuer à un problème concret de santé publique avec l'aide de l'IA. Après plusieurs échanges avec Claude, l'équipe a retenu cinq neurotoxines provenant de quatre espèces de scorpions : Cn2 au Mexique, Ts1 au Brésil, AaH I et AaH II en Afrique du Nord, ainsi que LqhIII au Moyen-Orient. Les chercheurs ont choisi ces cibles pour leur importance médicale et leurs différences moléculaires, qui rendaient particulièrement difficile la conception d'une protéine efficace contre plusieurs toxines à la fois. Un agent de recherche qui organise lui-même sa campagne
L'équipe n'a pas simplement demandé à Claude de produire quelques séquences de protéines. Elle lui a fourni un objectif scientifique, les toxines à cibler, une liste d'outils de conception moléculaire et des règles de sélection. L'agent devait ensuite choisir les structures à utiliser, identifier les régions des toxines où ses protéines pourraient se fixer, organiser les calculs et déterminer quels candidats méritaient une validation expérimentale.
À partir d'une instruction initiale et de quatre relances humaines, Claude a mobilisé douze outils de conception, notamment RFdiffusion, RFdiffusion3, BoltzGen et Genie 3, ainsi que plusieurs systèmes de prédiction structurale. Au total, il a généré 318 484 propositions et évalué 553 052 associations entre protéines conçues et toxines, avant de réduire progressivement la sélection. Les calculs ont représenté environ 10 000 heures GPU, un volume important qui nuance l'idée d'une recherche réalisable sans ressources techniques substantielles.
L'agent a travaillé pendant 24 heures après la première instruction, puis poursuivi sa campagne au fil des relances. Les chercheurs l'ont notamment incité à rechercher des protéines capables d'interagir avec plusieurs toxines. Au bout de 64 heures, Claude avait sélectionné 180 candidats. L'équipe en a ensuite ajouté 31 autres avec son assistance, pour constituer un ensemble de 211 protéines à tester. Claude a également contribué à l'analyse des résultats, à la production des figures et à la rédaction du rapport scientifique, sous la supervision des chercheurs.
Cette autonomie reste donc encadrée : les humains ont fixé les objectifs, sélectionné les grandes catégories de toxines et orienté certaines décisions. La conception, les filtres et une grande partie du travail computationnel ont ensuite été conduits par le système. Dix-sept protéines capables de reconnaître leur cible
Les 211 candidats ont été évalués par Adaptyv Bio et Twist Bioscience, deux laboratoires chargés de mesurer leur capacité à se fixer aux toxines. Les protéines ont été produites selon des procédés différents, puis analysées notamment par résonance plasmonique de surface, une technique permettant de mesurer l'intensité et la stabilité de l'interaction entre deux molécules.
Pour être considéré comme un résultat positif, un candidat devait satisfaire plusieurs exigences : produire une liaison reproductible, atteindre une affinité minimale et ne pas présenter d'interaction indésirable avec une protéine humaine de contrôle. Dix-sept protéines ont rempli ces critères, dont sept contre Cn2, quatre contre AaH II, quatre contre AaH I et deux contre LqhIII. Aucun candidat n'a satisfait aux critères pour Ts1. Les deux protéines ciblant LqhIII n'ont toutefois été mesurées que par Adaptyv Bio, contrairement aux autres cibles évaluées dans les deux laboratoires.
Les résultats les plus marquants concernent Cn2-B1 et Cn2-B2, deux protéines conçues pour se fixer à Cn2, une neurotoxine du scorpion mexicain Centruroides noxius. Leur affinité atteint l'ordre du nanomolaire, une échelle indiquant une liaison étroite à la cible. Pour Cn2-B1, les mesures fournissent des limites supérieures d'environ 3,1 nanomolaires chez Adaptyv Bio et