Artificial rejoue les cinq jours où OpenAI a limogé Sam Altman

Luca Guadagnino consacre Artificial à l’éviction puis au retour de Sam Altman chez OpenAI. Andrew Garfield et Yura Borisov porteront ce drame attendu au cinéma le 25 décembre 2026 aux États-Unis.

Un conseil d’administration limoge le patron de l’entreprise la plus observée du secteur. Les salariés menacent de partir, Microsoft prépare leur accueil et le dirigeant revient cinq jours plus tard avec un conseil largement renouvelé. La crise traversée par OpenAI en novembre 2023 avait déjà la structure d’un film. Luca Guadagnino en fait Artificial, un drame de 140 minutes écrit par Simon Rich.

Andrew Garfield incarne Sam Altman. Yura Borisov joue Ilya Sutskever, cofondateur et alors directeur scientifique d’OpenAI, qui avait participé à la décision de renvoyer Altman. Leur affrontement constitue l’axe principal du récit, mais le film couvre une période plus large que la seule crise de gouvernance.

La présentation du New York Film Festival fait commencer l’histoire en 2003. Sutskever étudie alors les réseaux neuronaux artificiels auprès de Geoffrey Hinton à l’Université de Toronto. Le récit le suit ensuite chez Google, où il croise Sam Altman, puis jusqu’à la création d’OpenAI et à la bataille pour le contrôle de l’entreprise.

Cette chronologie donne à Sutskever une place comparable à celle d’Altman. Artificial n’est donc pas seulement annoncé comme le portrait d’un dirigeant de la Silicon Valley. Le film observe aussi un chercheur convaincu que les systèmes qu’il contribue à développer peuvent devenir dangereux, pris entre son travail scientifique, sa loyauté envers l’entreprise et sa défiance envers son directeur général.

Mark Rylance interprète Geoffrey Hinton. Monica Barbaro joue Mira Murati, directrice technique d’OpenAI au moment de la crise et brièvement nommée directrice générale par intérim. Cooper Hoffman incarne Greg Brockman, cofondateur et président de l’entreprise. Ike Barinholtz apparaît sous les traits d’Elon Musk, l’un des fondateurs d’OpenAI en 2015.

Jason Schwartzman, Zosia Mamet, Chris O’Dowd, Cooper Koch et Billie Lourd complètent la distribution. Leurs rôles n’ont pas tous été détaillés publiquement. Guadagnino retrouve Andrew Garfield après After the Hunt, tandis que l’acteur revient à une histoire de pouvoir technologique seize ans après avoir joué Eduardo Saverin dans The Social Network.

La comparaison avec le film de David Fincher s’impose facilement. Les deux œuvres mettent en scène une entreprise devenue centrale, des fondateurs qui se déchirent et des décisions privées aux conséquences mondiales. Artificial n’est pourtant ni une suite ni une production liée à The Social Network. Le scénario est signé Simon Rich, ancien auteur de Saturday Night Live, et non Aaron Sorkin.

Cette origine comique devrait compter. Film at Lincoln Center présente l’œuvre comme un récit à la fois sombre et drôle, porté par une tension continue. Cette description appartient encore à la communication du festival : le film n’a pas été projeté publiquement et aucune critique ne peut, à ce stade, confirmer son ton ou sa fidélité aux événements.

La première bande-annonce adopte une ambiance plus inquiétante que satirique. Andrew Garfield y décrit une technologie appelée à bouleverser des pays et des industries. La mise en scène associe cette certitude à des images d’argent, de pouvoir et de préparation à la catastrophe.

Une séquence montre Altman descendant dans le sous-sol d’une demeure où sont entreposées des armes. Cette image relève de la fiction. Elle semble reprendre un élément biographique connu : dans un portrait publié par The New Yorker en 2016, Altman énumérait des armes, de l’or, des médicaments, des réserves et un terrain à Big Sur parmi ses préparatifs de survie. Cet entretien ne prouvait pas l’existence du bunker montré dans le film.

Le fait historique central commence le 17 novembre 2023. Le conseil de la structure à but non lucratif qui contrôlait alors OpenAI annonce le départ immédiat de Sam Altman. Dans son communiqué initial, il lui reproche de ne pas avoir été suffisamment franc dans ses échanges avec ses membres, sans publier les faits précis ayant conduit à cette conclusion.

Mira Murati devient directrice générale par intérim. Greg Brockman quitte la présidence du conseil puis annonce sa démission. Des négociations s’ouvrent presque immédiatement pour faire revenir Altman, avant que le conseil ne choisisse Emmett Shear, ancien patron de Twitch, comme second dirigeant provisoire.

Microsoft annonce alors vouloir recruter Altman et Brockman pour diriger une nouvelle équipe de recherche. La quasi-totalité des salariés d’OpenAI signe une lettre menaçant de les rejoindre si le conseil ne démissionne pas. Sutskever, qui avait soutenu l’éviction, regrette publiquement sa participation et ajoute son nom à la mobilisation.

Le 22 novembre, OpenAI annonce le retour d’Altman avec un conseil provisoire présidé par Bret Taylor. Adam D’Angelo conserve son siège et Larry Summers rejoint l’organe de gouvernance. Les autres membres ayant voté le licenciement partent. Cinq jours ont suffi pour renverser le rapport de force.

Une enquête confiée au cabinet WilmerHale examine ensuite les circonstances de la décision. Le résumé publié par OpenAI en mars 2024 conclut que l’ancien conseil possédait le pouvoir de congédier Altman, mais que son comportement ne justifiait pas son éviction. OpenAI n’a pas rendu public le rapport complet.

Ce manque de documents accessibles laisse au scénario une large zone d’interprétation. Les discussions internes, les conversations privées et les intentions attribuées aux protagonistes devront nécessairement être reconstruites. Artificial doit donc être considéré comme une dramatisation inspirée d’événements réels, pas comme un compte rendu documentaire.

Andrew Garfield a expliqué ne jamais avoir rencontré Sam Altman. Il dit avoir préparé son rôle avec le scénario, des entretiens, des documents judiciaires et d’autres travaux de recherche. Le résultat reflétera autant les choix de l’acteur et de Guadagnino que la personnalité publique du dirigeant.

La place accordée à Ilya Sutskever pourrait éloigner le film d’un affrontement trop simple entre un entrepreneur et ses