Anthropic bloque des dizaines de milliers de comptes liés à la distillation

Anthropic neutralise jusqu'à 99% des vols de données sur Claude via le blocage et la facturation de dizaines de milliers de comptes frauduleux.

Anthropic affirme avoir considérablement freiné les tentatives visant à reproduire les capacités de Claude sans autorisation. Dans une publication du 12 octobre, l'entreprise détaille de nouvelles protections contre les attaques par distillation, avec un résultat annoncé : 90 à 99 % de données de raisonnement extraites en moins sur sa plateforme. Un progrès important selon ses mesures internes, même si Anthropic reconnaît que ces défenses devront encore résister à des attaques plus sophistiquées. Quand des modèles apprennent à copier Claude

La distillation consiste à exploiter les réponses d'un modèle avancé pour entraîner un autre système à reproduire certaines de ses capacités. Cette technique existe dans la recherche en IA, mais Anthropic dénonce ici son utilisation clandestine, à grande échelle, par des acteurs cherchant à récupérer les performances de Claude sans autorisation.

Les données les plus recherchées ne seraient pas les réponses finales, mais les traces détaillées de raisonnement produites par le modèle. Anthropic explique qu'un système entraîné sur ces informations peut apprendre plus efficacement qu'en étudiant uniquement les résultats.

Pour mesurer cet avantage, l'entreprise a comparé deux entraînements à partir de données issues de Claude Opus 4.8. Sur SWE-bench Verified, le modèle entraîné avec les raisonnements complets obtenait 80,4 %, contre 71,8 % avec leurs versions résumées. Trois protections contre les extractions massives

Face à des réseaux capables de mobiliser des milliers de comptes frauduleux, Anthropic a renforcé ses défenses sur trois fronts.

Le premier concerne la circulation des raisonnements protégés entre conversations, comptes et modèles. Avec les mécanismes de preserved thinking, introduits notamment sur Claude Fable 5.1 et Opus 5.5, les nouveaux comptes API ne peuvent plus modifier certaines parties du contexte précédent afin de tenter d'en extraire le contenu.

Le deuxième repose sur un système de classification en deux étapes, chargé de reconnaître les demandes suspectes. Anthropic annonce un taux de faux positifs inférieur à 0,1 % lors de ses évaluations.

Enfin, les comptes multipliant les tentatives d'extraction subissent des restrictions, voire une suspension. L'entreprise indique avoir banni plusieurs dizaines de milliers de comptes associés à ces pratiques. Depuis le 24 septembre, certaines requêtes bloquées avant toute réponse sont également facturées, afin de rendre les attaques répétées plus coûteuses. Une bataille technique et géopolitique

Anthropic inscrit cette offensive dans un contexte de concurrence internationale autour des modèles d'IA. L'entreprise accuse notamment le laboratoire chinois Zhipu d'avoir exploité les capacités de modèles américains pendant le développement de GLM-5.3. Elle évoque également des pratiques attribuées à Moonshot AI, développeur de Kimi, dont certaines requêtes auraient été redirigées vers Claude.

Ces accusations sont celles d'Anthropic et ne constituent pas, à elles seules, une démonstration indépendante de l'ensemble des faits rapportés. L'entreprise y voit toutefois un double risque : la reproduction de capacités avancées sans protections équivalentes et leur possible utilisation dans des domaines sensibles, notamment la cybersécurité et la surveillance. Des défenses efficaces, mais pas sans conséquences

Selon Anthropic, les nouvelles mesures ont divisé par 10 à 100 le volume de données de raisonnement récupérées par les acteurs identifiés comme pratiquant la distillation. L'entreprise admet néanmoins que certains développeurs légitimes ont dû adapter leurs intégrations et que de rares demandes ordinaires peuvent être bloquées par erreur.

Reste une difficulté : empêcher la copie non autorisée de modèles sans pénaliser leurs utilisateurs, dans un secteur où l'accès aux capacités avancées constitue aussi un enjeu commercial. Anthropic reconnaît avoir renoncé à des revenus importants en bloquant ces activités. La protection des modèles devient ainsi un nouveau terrain de confrontation entre laboratoires, au-delà de la seule course aux performances.