200 millions de dollars pour simuler les décisions humaines

La plateforme Simile modélise les réactions de consommateurs synthétiques. Une méthode pour tester des campagnes et des produits avant l'étude de marché.

Cinq mois après sa sortie de la confidentialité, Simile boucle une série B de plus de 200 millions de dollars sur une valorisation post-investissement de 2 milliards. Greenoaks mène l’opération, avec la participation d’Index Ventures, Hanabi, A, Bain Capital Ventures, Factory, CVS Health Ventures et du nouvel investisseur Definition. Cette levée succède aux 100 millions de dollars obtenus en série A, portant les financements rendus publics à plus de 300 millions en quelques mois.

Concrètement, Simile est une plateforme de simulation destinée aux entreprises. Elle crée des populations synthétiques composées d’agents représentant différents profils de consommateurs, patients ou usagers. Une organisation peut leur soumettre un produit, une campagne, un parcours client, une offre ou une décision stratégique, puis observer leurs réactions probables avant de mener une étude ou une expérimentation réelle. Le système cherche notamment à faire ressortir les préférences, les freins, les différences entre groupes et les effets possibles d’un changement.

Simile affirme avoir multiplié ses revenus par cinq depuis son démarrage, réalisé plusieurs dizaines de millions de simulations pour de grandes entreprises et conçu un second modèle chargé d’estimer le niveau de confiance de chaque résultat. CVS Health, Wealthfront, Deloitte et Gallup figurent parmi les clients cités. L’équipe compte désormais plus de 50 personnes réparties dans plusieurs pays.

Le projet prolonge plusieurs travaux menés à Stanford par Joon Sung Park, Percy Liang et Michael Bernstein. Une étude publiée en 2024 avait créé des agents à partir d’entretiens de deux heures réalisés auprès de 1 052 personnes. Sur le General Social Survey, leurs réponses correspondaient à celles des participants avec une fidélité équivalente à 85 % de la cohérence observée lorsque ces mêmes personnes répondaient une seconde fois deux semaines plus tard. Ce résultat mesure donc une proximité avec la stabilité des réponses humaines, et non une capacité générale à prévoir 85 % des comportements.

Chez CVS Health, les simulations reposent sur 2,9 millions de réponses consenties provenant de plus de 400 000 participants et couvrant plus de 200 scénarios comportementaux. Elles ont notamment servi à tester des parcours de soins, des messages destinés aux patients, des leviers d’adhésion aux services et différentes hypothèses de positionnement avant de poursuivre avec des études ou des expérimentations réelles.

La nouvelle enveloppe doit soutenir l’entraînement des modèles, accélérer la boucle d’apprentissage et étendre les simulations à des groupes plus larges, dans lesquels consommateurs, entreprises, concurrents et institutions peuvent interagir. Simile ne cherche ainsi plus seulement à reproduire une réponse individuelle, mais à anticiper les effets successifs d’une décision au sein d’un système humain complexe.