Dire la vérité, même si cela met les gens mal à l’aise !

Yonatan DØR, fondateur de The Dør Brothers, partage sa vision de l’IA, de la provocation et de la liberté artistique, entre création et refus du compromis.

Provocation, refus du compromis, méfiance envers le pouvoir et foi absolue dans le sens. Yonatan DØR ne parle ni d’outils ni de tendances, mais de choix, de dignité et de ce que l’art accepte de sacrifier pour exister. Une parole brute, parfois inconfortable, qui assume la friction et replace le message au centre, là où tout commence.

On se souvient de l’une de vos premières vidéos virales, un défilé qui paraissait déjà très frontal. Pourtant, vous dites être contre la politique. Quelle était votre intention ?

Honnêtement, on fait juste ce qu’on veut. Les haters feront toujours leur travail. Ça ne m’affecte pas. Je n’essaie pas de m’adapter à ce que les gens attendent. Quelqu’un que j’aime beaucoup dit souvent : « Si tu suis toujours ta vérité, tu ne peux pas te tromper. Même si tu finis en prison ou exécuté, tu meurs avec honneur. » C’est exactement comme ça que je vois les choses.

Ce matin, vous avez comparé les élections à un « concours de popularité à l’école ». Pourquoi ?

Parce que c’est exactement ça. Les politiciens promettent une chose, puis l’inverse à l’élection suivante. Ils veulent juste être populaires, pas compétents. Si le système était sain, ils ne seraient même pas payés. Ce serait du bénévolat.

Vous utilisez l’IA pour transmettre des messages très directs. Pour vous, est-ce un outil efficace pour dire des vérités ?

L’IA n’est qu’un médium. Si tu n’as rien à dire, ça ne sert à rien. Une image sans message, c’est du bruit. Une œuvre doit porter une part de toi, sinon ce n’est qu’un visuel de plus.

Certains vous comparent à Highsfield, qui joue aussi sur la provocation. Travaillez-vous ensemble ?

Non, et je ne les respecte pas. Ils courent après le buzz, pas le sens. Faire une vidéo sur un type mort il y a une semaine alors que sa femme est encore en deuil... pour moi, c’est de la pornographie émotionnelle. Il existe une manière élégante d’aborder la controverse. Ce n’est pas ce qu’ils font.

En France, beaucoup craignent l’IA, parfois plus qu’ailleurs. Vous l’avez ressenti ?

Oui. Les Français aiment l’art, le vrai. Ils veulent protéger ce qu’ils jugent précieux. Je respecte ça. Mais le changement arrive quand même. Tout le monde a peur, en Allemagne aussi, partout. La différence, c’est que la France est très attachée à son héritage artistique, ce qui rend la transition plus difficile. Mais les premiers à adopter gagnent toujours à la fin.

Vous avez parlé d’argent lors de votre intervention et expliqué refuser des offres très lucratives. Comment gérez-vous ça ?

Je suis stoïcien. Que je sois milliardaire ou à la rue, je serai le même. L’argent est important, c’est ce qui permet de faire des films, de faire avancer des projets. Mais ce n’est jamais un objectif. Mon objectif, ce n’est pas l’argent, c’est ce que tu peux créer avec. C’est pour ça que je refuse les politiciens qui veulent me payer pour faire de la propagande. La vie est courte. On ne te juge pas sur ton compte en banque, mais sur tes choix. Tu peux être riche et rester un loser si tu as sacrifié ta dignité pour y arriver.

Vous cherchez des investisseurs. Qu’attendez-vous exactement ?

Tous nos concurrents lèvent des fonds. On ouvre la porte nous aussi. Mais on veut quelqu’un qui ait le courage d’investir sans nous dire quoi faire. C’est rare. Mais si quelqu’un peut faire ça, ça peut devenir quelque chose d’énorme.

Qui sont vraiment les « DØR Brothers » ? Un duo ? Un collectif ? Un mythe ?

(Rires). Je ne peux pas tout dire. Tout le monde n’a pas envie d’être exposé. Mais oui, c’est un vrai collectif. Il y a des directeurs artistiques, des réalisateurs, des monteurs, des sound designers... mais aussi des avocats, des fiscalistes, des assistants. C’est une vraie structure.

Vous dites que l’art doit contenir une part de soi. C’est fondamental pour votre groupe ?

Oui. Pour moi, une œuvre sans une part de ton âme, ce n’est rien. C’est juste une image. L’art, c’est quand tu sacrifies une partie de toi pour que d’autres ressentent quelque chose. Et je veux travailler uniquement avec des gens qui comprennent ça.

Vos awards ont attiré énormément de propositions. Comment s’est passée la sélection ?

C’était drôle... et parfois inquiétant. On a tout regardé. Dans notre tableau, parfois, on écrivait « Call the Police ». Certains films étaient vraiment dérangeants. Mais c’est ça, une compétition sans limites. Le concours est terminé. On a remis les trophées, de vrais trophées physiques. Pour la prochaine édition, on veut voir plus grand : des sponsors, un vrai événement, probablement à Berlin, avec une dotation entre 100 et 200K. C’est le plan, même si on a déjà beaucoup de choses en cours.

Et maintenant ? Quels sont vos objectifs concrets pour la suite ?

On a trois grands objectifs. Le premier, c’est la musique. On veut devenir la référence mondiale du clip rap. Je veux que Kendrick, Drake, Ski Mask viennent naturellement vers nous. Que ça paraisse évident. Le deuxième, c’est la publicité. Aujourd’hui, la pub, c’est juste du bruit. Avant, il y avait des pubs dont on parlait pendant vingt ans. On veut redonner ça aux marques : l’envie de prendre des risques. Une marque qui ne prend jamais de risques ne crée rien qui dure. Le troisième, c’est le cinéma. On veut faire de vrais films. Pas « un film IA », pas un gadget. Des films qui donnent envie de sortir le soir, d’aller au cinéma et de se dire : « Ce soir, ça va être une bonne soirée ». Aujourd’hui, il y a deux bons films par an. Le reste, c’est toujours la même recette. On veut casser ça.